Un magistrat poignardé au tribunal de grande instance de Metz
Jacques Noris, 62 ans, vice-président du tribunal de grande instance et président du tribunal pour enfants se trouvait mardi soir dans un état stationnaire à l'hôpital Bon-secours de Metz et ses jours ne seraient pas en danger, a-t-on appris source judiciaire.
Peu avant 10h, le magistrat a été frappé de trois coups de couteau à l'abdomen par une mère de famille de 35 ans, furieuse de ce qu'il ait confirmé le placement de son fils de deux ans et demi chez sa grand-mère paternelle en raison de carences éducatives. Insconscient, le magistrat a été transporté immédiatement par le SAMU à l'hôpital où il a été opéré.
Le mère "a voulu que le juge revienne sur sa décision et, n'obtenant pas satisfaction, elle a sorti le couteau. La scène était hallucinante", a rapporté sur France-3 Me Stanislas Louvel, l'avocat de la grand-mère, qui était présent lors de l'agression.
Quelque 200 magistrats, avocats et personnels judiciaires ont manifesté en fin d'après-midi dans la cour du palais de justice pour témoigner de leur soutien à leur collègue. Guerric Henon, président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) en Lorraine, a dénoncé le manque criant de sécurité dans ce tribunal et le procureur de la République Joël Guitton a lui-même regretté qu'il n'y ait qu'une seule porte de sécurité à l'entrée du palais de justice.
"Ils sont très inquiets", a reconnu Mme Dati à l'issue d'une rencontre avec les magistrats et les fonctionnaires. La garde de Sceaux a affirmé avoir "demandé à l'inspection judiciaire de (lui) rendre compte des circonstances de cet incident extrêmement grave et de mettre en place la sécurisation nécessaire à ce tribunal dès aujourd'hui", précisant avoir "débloqué des fonds nécessaires". Plus largement, elle a demandé à ses services "un état des lieux immédiat sur la sécurité (...) de l'ensemble des juridictions afin qu'un tel drame ne se reproduise plus".
Elle a ajouté que cette mission durerait "un mois", au terme duquel l'inspection lui présentera "le plan de sécurisation qui sera adopté pour ce tribunal mais aussi pour les autres juridictions". La ministre a également affirmé sa volonté de "lutter contre cette banalisation de la violence et cette banalisation des agressions dont font l'objet les fonctionnaires, les greffiers et les magistrats".
Dans un communiqué, M. Sarkozy s'est élevé contre cet "acte inqualifiable". Rendant hommage à l'ensemble des magistrats "qui exercent leurs fonctions dans des conditions souvent difficiles", il a aussi demandé à Mme Dati "de lui dresser un bilan des mesures mises en place pour renforcer la sécurité des juridictions et de lui présenter ses propositions d'amélioration".
L'USM a de son côté rappelé que plusieurs autres magistrats ont été agressés dans des tribunaux, regrettant dans un communiqué que "ces agressions répétées (soient) malheureusement révélatrices de la situation de la justice en France". L'USM appellera "les magistrats à exercer leur droit de retrait, partout ou les conditions de sécurité ne seront pas remplies".
Le Syndicat de la magistrature (SM) a également exprimé sa solidarité, estimant toutefois que "la mise en place d'un contrôle des personnes à l'entrée des juridictions pour en assurer la sécurité (...) ne suffira pas". AP
Source : NouvelObs.com